Points clés

Dynamique de l'investissement responsable en 2025

  • Une normalisation continue des flux d'investissement responsable, et des flux positifs tirés par l’obligataire
    Le marché de l'investissement responsable a poursuivi sa normalisation en 2025, avec 108 milliards d'euros d'entrées nettes en Europe au cours des trois premiers trimestres de 2025, soit plus de 95 % du total des entrées d'IR au niveau mondial1. Les obligations ont dominé les entrées nettes, la part de l'investissement responsable dans les obligations en Europe représentant 63 % du total des actifs sous gestion au troisième trimestre 20252. En ce qui concerne les actions, la demande s'est déplacée de filtres passifs restrictifs vers une exposition plus large, avec un appétit marqué pour les stratégies à faible tracking error.

  • Les détenteurs d’actifs ont maintenu le cap malgré le recalibrage des alliances climatiques
    Le recalibrage des coalitions climatiques (NZAM, NZBA) n’a pas entraîné de recul en matière de durabilité. Au contraire, il a engendré une phase de gestion responsable plus exigeante de la part des détenteurs d'actifs, conduisant dans les cas extrêmes à une réaffectation de mandats non alignés.

  • La performance des indices ESG est restée alignée sur celle des indices de référence, avec toutefois des divergences régionales
    Les variantes ESG de l'indice MSCI World sont restées proches de leurs indices de référence, avec un léger avantage sur 10 ans3. Au niveau régional, l'Europe a enregistré une légère sous-performance qui s'explique par des biais sectoriels, l'exposition à la défense ayant notamment été un facteur de performance important.

  • L'adaptation au changement climatique et la résilience deviennent des éléments centraux de la stratégie des entreprises
    Le risque physique est désormais observable dans les indicateurs opérationnels : 57 % des entreprises déclarent que des événements climatiques ont affecté leurs activités au cours de l'année écoulée4. En ce qui concerne l'engagement des entreprises en faveur du climat, les engagements envers l’initiative SBT ont augmenté de +25 % par rapport à 20245, tandis que les dépenses d'adaptation ont fortement augmenté.

  • La simplification réglementaire facilite l’implémentation et l'utilisation pour les investisseurs finaux
    L'agenda politique est passé de l'élargissement du reporting à sa simplification, clarifiant ce qui est utile à la prise de décision et réduisant les lourdeurs administratives, mais le véritable test résidera dans l'impact sur les prises de décision des investisseurs finaux. Parallèlement, les fournisseurs de données ESG ont consolidé leurs offres, en se concentrant sur des indicateurs agrégés et pertinents pour la prise de décision.
     

Le tournant de 2026 : porté par les questions d’autonomie stratégique et de résilience, l'investissement responsable entre dans l'ère de l'exécution

  • Le principal frein au développement des énergies vertes est maintenant l’intégration au réseau
    La demande mondiale d'électricité s'accélère, l'AIE prévoit une croissance de 4 % jusqu'en 2027, soit 3 500 TWh supplémentaires, dont plus de 90 % proviendront des énergies renouvelables6. L'intensité carbone des entreprises cotées en bourse a diminué d'environ 8 % par rapport à l’année dernière à l'échelle mondiale, laissant planer le doute sur le point d'inflexion du pic d’émissions liées à l'énergie.
    Les énergies renouvelables étant de plus en plus compétitives en termes de coûts, les contraintes sont désormais les réseaux, la flexibilité, le stockage et la rapidité des connexions, qui doivent être facilités par des politiques (autorisations, files d'attente pour les connexions, règles de marché). Pour les investisseurs, le coût pour les usagers finaux est un facteur de plus en plus important à surveiller, car les échecs d'intégration ou les retards réglementaires peuvent augmenter les factures et ralentir l'adoption.

  • Les efforts d'autonomie stratégique fragmentent le paysage énergétique en une dynamique divergente « électro-Etats contre pétro-Etats »
    Les gouvernements les chaînes d'approvisionnement critiques, les technologies propres et les minéraux essentiels à certaines parties de la chaîne de valeur des énergies fossiles, dans une logique de résilience renforcée. L'Europe privilégie la rapidité : développer rapidement les réseaux, la flexibilité et les technologies propres, sous peine de faire face à des coûts plus élevés et à une autonomie moindre. Les États-Unis ont recours à des incitations et à la localisation, mais envoient des signaux contradictoires : la croissance de l'IA et l'électrification stimulent les besoins en capacité électrique, tandis que la volatilité des marchés du gaz/GNL et les infrastructures axées sur l'exportation risquent d'exercer une pression sur les prix et de créer un verrouillage. L'Asie, menée par la Chine, domine déjà la fabrication de technologies propres ; pour de nombreux pays asiatiques, les arguments en faveur d'une transition énergétique durable sont clairs : résilience climatique, indépendance énergétique et opportunités économiques.

  • L'adaptation au changement climatique est désormais un impératif tangible pour les investisseurs, au même titre que la transition              
    Les investisseurs accordent la priorité à l'adaptation à mesure que les effets du changement climatique s'intensifient : 60 % des entreprises s'attendent à des répercussions financières importantes liées aux risques physiques au cours des cinq prochaines années8. Afin de mieux gérer les risques tout en poursuivant les objectifs de décarbonisation, les investisseurs doivent intégrer l'analyse des risques climatiques, y compris sur les chaînes d'approvisionnement, dans leurs diligences et leurs allocations d'actifs.

  • La  préservation  du  capital  naturel,  préoccupation  croissante  des investisseurs, se généralise sur les marchés de l'investissement responsable pour de bonnes raisons
    Le financement mondial de la nature s'élève à 200 milliards de dollars par an, mais doit tripler d'ici 2030. Les capitaux privés, qui ne représentent actuellement que 18 % des flux, sont essentiels pour augmenter les investissements9. La voie la plus directe pour les investisseurs réside dans les actifs réels tels que les forêts ou les terres agricoles, qui offrent des rendements liés à des approches durables (crédits carbone, bois, agriculture) et sont de plus en plus intégrés dans les portefeuilles sophistiqués. Des instruments financiers tels que les obligations vertes, les échanges dette-nature et les obligations à impact peuvent canaliser des capitaux supplémentaires vers ces actifs. Ces deux canaux peuvent offrir des rendements ajustés au risque intéressants, combinés à des impacts positifs mesurables.

  • L'IA redéfinit l'investissement responsable, de l’utilisation des données à la transformation du marché du travail
    L'IA améliore les capacités d’analyse, accélère l'ingestion des données et apporte de nouvelles informations qualitatives, mais elle risque également d'aggraver les inégalités sociales et de perturber l’organisation de la main-d'œuvre, en particulier dans les secteurs exposés au vieillissement. Des opportunités devraient se présenter dans les plateformes intégrées de santé/soins, la robotique/automatisation pour les services en pénurie de main-d'œuvre et les infrastructures numériques inclusives pour les personnes âgées. L'année 2026 verra également se cristalliser les failles réglementaires autour de l'IA, qu’il s’agisse d’éthique ou de divergences régionales, obligeant les investisseurs à réorienter leurs capitaux vers des cas d'utilisation à l’utilité sociale et économique démontrée.

  • 2026 sera une année charnière pour aligner les produits d'investissement responsable avec les préférences des investisseurs
    La capacité à répondre à la forte demande déclarée des particuliers, notamment des jeunes investisseurs, est freinée par le manque de clarté des labels et des obligations d'information complexes. En Europe, 2026 pourrait être un tournant : SFDR 2.0, combiné à l'alignement technique de MiFID II et de l'IDD, peut simplifier les labels et réduire la complexité des conseils afin de débloquer la participation des particuliers, à condition que les catégorisations des produits permettent une véritable adéquation entre les produits et le marché.

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